Profits / façons de faire / slow business - Nos objectifs pour 2022

Publié par Info Montloup le

Le rythme auquel nous fabriquons des vêtements, ou tout autre item, nous permet de nous sentir chez soi dans nos corps, peu importe ce qui se passe en ceux-ci. C’est un peu comme un retour à la maison, à un rythme qui nous est familier, à l’acte de créer en soi.

Voilà la magie de coudre et piquer, celle qui vit en nous. C’est un chez soi vers lequel nous pouvons retourner sans cesse. En groupe ou seul, le rythme ne change pas. C’est le nôtre, celui qui vit en nous 

Ceci est un extrait d’un texte écrit par Betsy Greer pour Tauko Magazine.

Je l’ai trouvé si beau et si criant de vérité que j’avais besoin de vous le partager ici.

Chez Montloup, c’est le début d’une nouvelle ère. C’est le moment où on prend le temps d’analyser l’année qui vient de se terminer pour envisager celle qui s’en vient. C’est aussi le temps de l’année où je me reconnecte à ma passion première, le tricot, en donnant des cours au centre des textiles contemporains de Montréal. Je reprends contact avec la matière, le fil, pour créer des motifs et des textures au gré des inspirations. Je me sens privilégiée de pouvoir enseigner cette passion et transmettre une partie de ce que je sais dans le vrai monde.

En ce mois de février, j’avais envie de vous en partager un peu plus sur notre façon de fonctionner chez Montloup. D’abord par souci de transparence, mais aussi pour vous permettre de mieux comprendre notre mission et nos souhaits pour l’avenir.

[ Crédit photo Adriana Castillo ]

L’idée derrière Montloup est de contribuer positivement à une industrie qui est désormais déconnectée de ses origines, de la terre, de la tradition, de la beauté.

Pour ce faire, on investit beaucoup dans la recherche de nouvelles fibres et de nouveaux fournisseurs. Mais comme vous devez vous en douter, tout cela a un coût.

Parlons de coûts…

Si un vêtement vous coûte en bas de $10, c’est que quelqu’un (et souvent quelqu’une) en paie le prix quelque part sur la planète. Ce n’est pas nouveau, on en entend de plus en plus parler et ce même dans les médias mainstream, la « fast-fashion » est un système d’oppression considérable qui pollue, appauvrit et réduit à l’esclavage une partie de nos semblables.

Dans ce système, ce ne sont pas les industriels qui paient le juste prix, ni même les consommateurs. Ceux qui paient, ce sont ceux qui fabriquent nos vêtements dans des conditions déplorables, ceux qui au cours de l’année 2020 n’ont même pas été payés (voir le mouvement #payup sur les réseaux sociaux). D’ailleurs, ceux qui en paient indirectement le prix, c’est nous tous à travers les nombreuses catastrophes climatiques que l’on a pu vivre ces dernières années, et qui ne sont pas sans lien avec la pandémie que nous subissons depuis maintenant deux ans.

Toutefois, ceux en première ligne, ceux qui paient le plus cher, ce sont les pays exportateurs de vêtements. En anglais, on les appelle les pays du « Global South ». Ce sont celles et ceux qui vivent en des régions si chaudes qu’elles ne seront bientôt plus habitables. Ceux qui vivent dans des endroits dont certaines zones sont déjà arides et ne permettront bientôt plus la cultivation. Ces quelques lignes montrent que le combat climatique est aussi un combat racial et social.

Chez Montloup, on préfère payer plus cher en sachant que notre argent n’a pas participé à nourrir un système auquel on ne croit plus. Payer pour des fibres écologiques de qualité, c’est renverser la balance. C’est assumer ses choix et promouvoir une façon de produire différente : c’est contribuer au renversement du paradigme en place.

Donc le coût, c’est nous qui l’assumons, et vous, lorsque vous décidez d’acheter un de nos tissus.

[ Crédit photo Adriana Castillo ]

Le prix de chaque tissu est rigoureusement calculé selon une règle classique.

La plus grande partie sert à payer les frais de fabrication qui comptent pour environ 60% du prix. La fibre, le fil, le tricotage, la finition. Vient ensuite un pourcentage lié à nos frais variables d’exploitation (salaires, loyer, électricité, site web…). En dernier est ajouté notre marge de profit et c’est sur cette dernière que j’aimerais m’arrêter.

Montloup est pour l’instant une entreprise incorporée à propriétaire unique, en l’occurrence moi (Lila). Je dis « pour l’instant » car on est bien intéressé par d’autres modes de gouvernance mais je n’irai pas plus loin dans cet article.

Toujours est-il que techniquement, l’ensemble des bénéfices de l’entreprise me reviennent et qu’à chaque année, je décide de les réinvestir dans mon entreprise.

Plutôt que d’emprunter de l’argent, j’ai décidé de financer mes propres projets. C’est une formidable réappropriation de mes choix sans devoir rien à personne.

Notre marge de profit, donc, c’est ce qui nous permet de faire des bénéfices et d’investir dans la recherche et le développement de nouvelles matières. C’est la plus grosse dépense annuelle après les salaires, c’est la raison pour laquelle j’ai choisi de poursuivre l’aventure Montloup.

[ Crédit photo Bergman Rivera ]

Donc, en achetant un tissu chez nous, vous financez indirectement cette recherche et je vous en suis grandement reconnaissante.

Cela dit, si on est trop cher, je vous invite à passer votre chemin.

Cependant, notre mission première demeure de rendre accessible des tissus de qualité aux acteurs de la mode locale. C’est la raison pour laquelle nous avons développé le programme de préventes collaboratives. J’ai l’intention de vous inviter à participer davantage à la création de la collection au cours de la prochaine année.

Dans un de nos précédents articles – Tendre vers le mieux – je vous partageais les problèmes que nous avons éprouvés dans la dernière année concernant l’approvisionnement en fils de coton biologique. Pénurie, hausse des prix, crise des transports, pandémie, tous ces facteurs m’ont amené à repenser notre façon de nous approvisionner. Si le monde d’avant mettait de la pression sur les fabricants de fils et de tissus en leur demandant de produire en avance une certaine quantité de produits pour satisfaire les demandes potentielles du marché, on assiste aujourd’hui à un changement de paradigme où on inverse la tendance. Parce que si on veut encourager l’agriculture biologique, il faut d’abord et avant tout soutenir les agriculteur.trices. En leur promettant des commandes consistantes, ils peuvent commencer à investir dans des méthodes d’agriculture plus couteuses et vertueuses puisque leurs investissements seront compensés par des commandes importantes pour un prix plus intéressant que celui du coton conventionnel.

C’est pour cette raison précise que nous avons ajouté un nouveau fournisseur à notre liste : Bergman Rivera.

[ Crédit photo Bergman Rivera ]

Bergman Rivera est une filature basée au Pérou. Iels travaillent avec plus de 200 producteurs de coton allant de la fibre longue à extra longue (le Pima), en passant par le coton natif (naturellement coloré). Iels sont présentement en train de développer des projets pilotes en agriculture régénératrice car iels s’intéressent grandement à la santé des sols.

Leur but est de faire le lien entre les entreprises, les designers et les producteurs, de donner de la valeur et davantage de pouvoir aux agriculteur.trices. C’est aussi la seule entreprise d’Amérique du Sud à être certifiée GOTS.

L’ensemble des tissus en coton biologique vendus lors des préventes collaboratives de ce mois-ci sont fait à partir de leur fil.

[ Crédit photo Bergman Rivera ]

La durabilité c’est aussi faire des choix et des compromis qui vont assurer la pérennité d’une entreprise. Cette année, j’ai choisi de continuer de travailler avec la viscose de bambou.  Idéalement, j’ai pour objectif de trouver une fibre qui pourrait la remplacer dans le futur.

Pourquoi ?

Parce que le procédé viscose peut être dangereux pour l’environnement et les travailleurs. On la classe dans les fibres écologiques car le bambou est un arbuste qui pousse en abondance sans nécessiter de pesticides. Ses forêts se régénèrent rapidement et absorbent une quantité importante de carbone. Cependant, le procédé de transformation utilise des agents chimiques et sa fabrication doit être rigoureusement contrôlée. Il est possible de créer des viscoses de façons plus écologiques mais la plupart des fils proviennent de pays outre-mer où il est souvent difficile d’obtenir de la transparence.

Nous continuons d’utiliser cette fibre, mais ce n’est définitivement pas celle que nous mettons de l’avant.

Voilà, nous sommes tous et toutes sur la même page !

Sur ce, on vous souhaite une très belle année 2022 !

← Article précédent



Laissez un commentaire